Quand mon père disait : « Viens là… tu vas aller me faire une course ! » C’était toujours un peu l’angoisse !... au mieux il fallait aller à la graineterie Papineau pour acheter de la graine de grosse blonde paresseuse (c’est une salade !) , de la semence de radis rose à bout blanc ou du plant de poireau monstrueux d’Elbeuf… rien que d’y repenser me rappelle la gêne que j’avais en prononçant les noms… d’ailleurs souvent je ne disais rien… je tendais ma liste à Mme Papineau qui préparait ma commande !
Il y avait aussi les courses à la quincaillerie Bodet … pour un assortiment de pointes…
1 k de telle dimension… 500 g de telle autre… mais la commande n’était pas précise…
et généralement il fallait que je retourne faire un échange : « J’avais dit des vis 5-35 à tête plate et tu me ramènes des têtes bombées !.. » Pfft… et
aujourd’hui il y en a qui s’étonne que je déteste le bricolage !...
Je vous passe les engrais … complets… pas complets… les aliments pour lapins…
Ah… parlons en des lapins… ils étaient la cause de la plus grosse des corvées… non ça n’étaient pas le nettoyage des cages… et pourtant ça p… la p…. de lapin !... La pire des corvées c’était d’aller ramasser de l’herbe pour les lapins… ça n’a l’air de rien mais un lapin c’est délicat… ça ne mange pas n’importe quoi !
Généralement nous partions à deux munis d’un grand sac, presque aussi grand que nous, qu’il fallait ramener plein d’herbe… mais pas n’importe laquelle, il fallait éviter le chiendent, abondant et facile à ramasser… mais qui donnait la diarrhée verte aux lapins et les faisait crever en quelques jours ! Il ne fallait pas non plus cueillir du trèfle dans le champ du voisin… les lapins aimaient… mais pas le voisin !
Sur le bord des chemins l’herbe était souvent abondante… mais nous perdions beaucoup de temps à manger des mûres noires qui nous tachaient les mains et la bouche !
Non ! le fin du fin c’était les ravenelles… de la famille des choux… elles poussaient à l’automne sur les terres fraichement labourées… et les lapins adoraient… et ça ne les rendait pas malades !
Je m’aperçois que je ne vous ai pas parlé de la technique de remplissage du sac !... il ne fallait pas tasser l’herbe !... parce que plus on tassait… plus il fallait d’herbe pour remplir le sac… et plus il fallait passer de temps dehors ! Mais il en fallait suffisamment pour que notre père ne nous dise pas : « Il n’y en pas assez retournez en chercher ! »
Voila pourquoi je n’aime pas les lapins… voila pourquoi j’ai un plaisir sadique à les cuisiner !...






